L’Odyssée de Tortuga

Je suis vert, je porte ma maison sur le dos, et je traverse de longues distances pour découvrir de nouvelles contrées. Pourtant, je reviens toujours sur mes terres natales. Qui suis-je??
Et oui, je suis enfin baptisé ! Et j’en profite pour vous compter mes aventures.

Séduits par la précédente traversée entre Popayan et San augustin, mes deux passagers ont decidé de retenter une piste difficile avant de passer en Equateur. De Mocoa, nous empruntons donc ensemble la route la plus dangereuse de Colombie, le trampoline de la mort…

El trampolin de la muerte

Cette piste de terre et de cailloux serpente à flanc de montagne à travers une dense végétation tropicale. Prenant de la hauteur, elle gagne rapidement le plafond nuageux, permanent pendant la saison des pluies (mars à juillet). Les précipitations quotidiennes viennent gonfler les eaux des rios qu’il faut traverser parfois à guêt, et qui provoquent de nombreux glissements de terrain. D’ailleurs, la veille de notre départ, l’un d’eux bloquait encore la route.

Mais rien de tout cela ne peut entamer notre optimisme, l’aventure n’en est que plus belle et périlleuse!

Me voila donc de nouveau à l’assaut de la cordillère. La piste n’est pas très bonne. Nous avançons lentement et sommes ralentis par l’eau qui coupe la route. Par 3 fois, les guêts sont trop profonds pour moi, et c’est au tour de mes compagnons de me porter pour traverser.
Au bout d’une demie journée d’ascension, l’eau, la boue et le poids de mon chargement ont finalement raison de mon derailleur. Malgré les nombreux réglages, il se bloque dès que mes conducteurs doivent forcer sur les pédales, entraînant quelques chutes puis notre arrêt complet.
Alors que le soleil décline, David trouve enfin une solution : un bout de ficelle qui bloque le matériel nous permet de reprendre l’ascension.

Nous arrivons juste avant la tombée de la nuit au Mirador et ses 3 maisons, seul lieu habité de cette piste infernale, et apprécions la vue grâce à une éclaircie éphémère.

Les nuages et la pluie réapparaissent dès le lendemain matin, et tout le monde se protège sous ma carapace de ponchos. Le chemin à flanc de montagne n’en finit plus. Les croix à la mémoire d’accidentés de la route côtoient les cicatrices d’innombrables glissements de terrain et jallonent la route.
Après une dernière montée, la vallée de Sibundoy apparait enfin à travers les nuages. Mais la descente se révèle cependant aussi exténuante. La piste est une rivière de boue, la pluie et de récents travaux la rendent extrêmement glissante. Je réussis tant bien que mal a garder mon équilibre, et finalement, le bitume fait son apparition dans la vallée.
J’ai même le droit à une douche dans une station service !

Ensuite, nous nous reposons tous quelques jours dans une famille indigène à Sibundoy. Tout le monde adore grimper sur mon dos !
Mais vite, j’ai des fourmis dans les gentes, et nous reprenons la route vers la Laguna de la Cocha.

La route se dirige vers un col invisible à travers le ciel gris, et la pente est vraiment raide. Je sens mes passagers qui s’épuisent sur mon dos, d’autant que le goudron laisse rapidement place à une nouvelle piste.

A la lagune, nous nous arrêtons dormir comme toujours chez les pompiers. Le village s’est transformé avec le tourisme, il n’y a plus que restaurants, épiceries et vendeurs de souvenirs. Nous ne sommes pas séduits par ce site et reprenons la route dès le lendemain pour une dernière étape facile jusqu’à Pasto.
Là, j’ai le droit à un nouveau dérailleur, et mes passagers à une bonne indigestion ! Ca leur apprendra à manger des glaces.

A bientôt !

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8 commentaires pour L’Odyssée de Tortuga

  1. Cousin-Maillet#6 dit :

    De plus en plus admiratif de votre periple et de ce que vous faites . Chapeau bas .

  2. debargue dit :

    a chaque récit, nous voyageons un peu avec vous . merci les amis

  3. Bentegeat dit :

    une fois de plus, je suis dans l’admiration de votre passage par ce col et cette route, pardon, piste bien périlleuse !!!! mais vous êtes FABULEUX et j’attends avec impatience tous vos récits !
    bises
    loïc et Isa

  4. photoleon1 dit :

    A guêt ? Gay ? Gué ? Bref tout cela dans une certaine gaité. Vive le trampoline. Toujours ravi de sentir vos ravissements dans vos aventures. Biz et bon courage

  5. Eric dit :

    Hey vous voilà en Equateur ! A quelle altitude ? Meilleur temps ? Un petit volcan à 6000 m au programme ? En tous cas nous vous admirons. Cela ne doit pas être facile de se lever chaque jour avec la tente et les affaires à replier et à remonter sur la selle du vélo. C’est là l’intérêt du tandem couché : il y en a au moins un (une ?) qui a moins mal aux fesses ! Biz

  6. clement dit :

    Wahou ça a du chauffer dans les cuissots ! Mais ça donne envie quand même… profitez bien et bon courage, en espérant que Tortuga n’aura pas trop de problèmes articulaires…

  7. lepueblo dit :

    Ça fait flipper mais rêver en même temps cet épisode!

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