Pas à pas à travers la cordillère blanche / Caminando en la cordillera blanca

Arrivés à Caraz, fascinés par les sommets enneigés de la cordillère blanche, nous décidons de casser le rythme en partant à pied à leur rencontre. Nous nous improvisons trekeurs pour quelques jours sur le célèbre sentier de Santa Cruz.

La randonnée débute par un canyon aux parois vertigineuses. Nos sacs pleins de nourriture nous écrasent sous leur poids et lacèrent nos épaules. Il faut dire que notre matériel de cyclistes est inadapté, et le sac à dos acheté en renfort pour 12€ sur le marché ne nous impressionne guère par sa qualité.
Cette première journée de « mise en jambe » est un calvaire, d’autant plus insuportable qu’une armée de petites mouches voraces nous attaque à la moindre pause. Enfin se dessine la silhouette de l’Artesonraju, qui nous guidera tout au long du trek, et nous posons nos chargements au camp 1.

Rapidement, nous découvrons de nouveaux énnemis : le froid et l’altitude. Impossible de cuire correctement des pâtes à 4000 m d’altitude dans une eau bouillante toujours tiède. A peine terminé le repas, les premières étoiles apparaissent et le froid nous glace les os malgré nos doudounes. Il est 19 h, et nous nous réfugions sous la tente dans nos duvets. Nous nous endormons dans la demi-heure qui suit, pour nous lever à l’aube, et affronter de nouveau le froid qui pique jusqu’aux premiers rayons du soleil.

Le reste du camp s’éveille à peine quand nous partons. La vallée s’étire devant nous et nous émerveille à chaque pas. Les sommets qui nous surplombent passent du mauve au blanc étincelant, contrastant avec le ciel d’un bleu profond.
Nous traversons l’étendue craquelée d’un premier lac à sec à l’heure où la nature s’éveille. Ignorants les premiers randonneurs, les oiseaux s’agitent dans la vallée tranquille, chantent et paradent devant nos yeux.
Nous sommes contemplatifs, nous faisons des photos, nous traînons. A tel point que les groupes laissés au campement nous dépassent les uns après les autres. Mais cela n’a pas d’importance, cette nature est fascinante. Nous nous sentons minuscules aux pieds des géants enneigés.

En amont, le deuxième lac est lui bien rempli. Une vache y broute joyeusement des algues et les truites foisonnent. Plus loin, une carcasse de bovin flotte entre les roseaux. Le mythe de l’eau pure des montagnes s’écroule, nous sommes contents d’utiliser des pastilles dans nos gourdes.

Nous décidons de faire un détour pour aller chercher une lagune glacière. Nous cachons nos sacs toujours aussi lourds dans les hautes herbes, et nous engageons l’ascension dans un impressionant cirque enneigé.
Grand bien nous en fasse ! Un spectacle grandiose s’offre à nous, une lagune turquoise surplombée d’un glacier qui s’y jette. La force de la nature s’impose à nous : comme des coups de tonnerre, la glace craque sous le soleil, et la neige tombe en avalanche jusqu’à l’eau.
Lorsque nous atteignons le camp 2, tous les groupes sont déja installés. Nous trouvons un coin isolé, nous lavons dans l’eau gelé d’un ruisseau, et savourons un nouveau coucher de soleil.

Le 3ème jour nous amène au col de Punta Union, à 4800m. Bien décidés à être les premiers sur le site, nous partons de nouveau à l’aube sur un sol gelé, les joues rougies par le vent glacé. A cette altitude, chaque pas est une épreuve. Nous avançons au ralenti et c’est le souffle court que nous arrivons au sommet. Mais quelle récompense, nous avons une heure d’avance sur tout le monde, le temps d’apprécier le site. Un très grand moment pour nous, riche en émotions.

La descente dans l’autre vallée se fait comme dans un brouillard. Le sentier est à pic, avec plus de cailloux. Les kilomètres s’enchaînent, nous survolons un peu les lieux. Lagunes, caravanes de mules, ruisseaux défilent, et nous arrivons enfin exténués au dernier camp.
Nous nous installons à coté d’un couple de français rencontré sur le chemin. Ils sont avec un guide, en lune de miel au Pérou. Des Lillois commes on les aime! Marie et François, ou Marie-Françoise, nous font rire toute la soirée autour d’une bière et d’un vin chaud.

Une fois la randonnée terminée, nous acompagnons Marie-Françoise dans leur véhicule sur plusieurs dizaines de km de piste. Nous sommes fascinés par cette route hors du commun dont les lacets se perdent dans un décor à couper le souffle.
Enfin, nous quittons nos nouveaux amis au pied de la laguna 69 pour un dernier bivouac face au plus haut sommet du Pérou. Le lendemain, l’ascension vers la lagune se fait sous les nuages. Arrivés en haut, la neige et l’eau turquoise, contrastant avec le vert d’un connifère, rendent le lieu surnaturel.

Nous rentrons enfin exténués à Caraz, où nous retrouvons Tortuga avec plaisir.

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7 commentaires pour Pas à pas à travers la cordillère blanche / Caminando en la cordillera blanca

  1. Loïc et Isa Bentégeat dit :

    toujours aussi beau !!! on vous suit avec grand intérêt ! bonne continuation,loïc et Isa

  2. lefebvre dit :

    Un vrai regal de vous lire et d’admirer vos photos.
    On vous suit pas à pas
    Bisous
    Mamy Papy

  3. Alex dit :

    Bivouac de ouf malade de la mort. Merci de ce beau texte et photos incroyable. Bon c est vrai que la cordillere blanche ca claque!! Faites attention a vous. Des bisous.

    Alex

  4. Jean-Phi DEBARGUE dit :

    toujours aussi top cette aventure. on vous embrasse en vous suivant pas à pas, la fatigue en moins

  5. ppapappapa dit :

    Waouh…
    impressionnant!
    et vous n’avez pas emmené le tandem avec vous?
    biz

  6. remaille4ever dit :

    Bravo les touristes alpinistes ! Tortuga ne s’est pas trop ennuyée quatre jours toute seule ?

  7. Ricourfamily dit :

    trop chouette votre périple, vous avez l’air de vous gaver!!! On pense bien à vous, et j’ai (on) a hâte de vous revoir,
    pleins de bisous

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