A l’assaut des grands parcs

Une croisière au milieu des glaçons
Nous arrivons enfin au bout de la carretera australe face au lac O’Higgins. En l’absence de route, la voie maritime s’impose. Maintenant que nous sommes là, nous choisissons l’option touristique : nous embarquons pour la croisière longue qui fait un crochet par le glacier.
« Voir un iceberg, et mourir ». Notre devise laisse imaginer l’état d’euphorie dans lequel nous nous trouvons: nous nous laissons hypnotiser par le spectacle d’icebergs bleu azur qui flottent autour de nous et arrivons ébahis au pied du géant de glace. Heureusement, le bateau nous ramène au port en vie !

En route vers l’Argentine
Revenus à terre, nous attaquons le fameux passage réputé redoutable à vélo, qui nous amène en territoire argentin. Un sentier pédestre, absolument pas adapté aux cyclistes, qui est pour nous le dernier défi du voyage. Montées raides pleines de cailloux, marécages boueux, arbres couchés et ravines creusées se dressent sur notre chemin. Mais nous sommes en forme et relevons le défi plein d’entrain.
Le passage de la frontière est l’occasion d’un bivouac magnifique face au Fitz Roy. Arrivés à la ville d’El Chalten, nous faisons un break pour randonner quelques jours dans ce massif fascinant.

Randonnée à Disneyland
Nous louons une voiture pour nous rendre à l’incontournable parc de Torres del Paine, où nous nous retrouvons noyés dans un flot de touristes plus ou moins habitués de la montagne. Après les dernières semaines sur des routes désertiques, le changement est radical.
Le temps n’est pas en notre faveur : la neige limite nos déplacements et les nuages masquent régulièrement les sommets. En bons montagnards (que nous sommes !), nous nous amusons à médire des touristes citadins, qui viennent ici comme ils iraient dans un parc d’attraction.
Si la montagne est accessible à tous, la grande affluence entraine des règlements limitant l’accès à certains chemins. Nous nous sentons un peu frustrés.

Sur la tête du géant
Pour terminer en beauté le périple, nous tentons le stop jusqu’au glacier Perito Moreno. Nous ne sommes malheureusement pas les seuls auto-stoppeurs, et nous luttons plusieurs heures pour arrêter une voiture. En désespoir de cause, David accoste un couple de Chiliens fraîchement retraités qui sortent d’une boulangerie. Ils acceptent de nous emmener avec eux !
A pied, nous nous approchons du géant en empruntant les nombreuses passerelles qui font le tour du site. Nous admirons l’enchevêtrement de couleurs et de formes et assistons médusés à la chute apocalyptique d’immenses blocs de glace dans l’eau. Malgré des heures d’observation, le temps nous paraît de nouveau trop court.

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La Carretera Austral à 3 plumes

La Patagonie sous l’eau
La Patagonie est une terre dont l’eau est l’élément central, sous forme de pluie, de ruisseaux, de cascades ou même de fjords.
Au nord de la route, pendant nos premiers jours avec Claire, nous payons cher cette omniprésence. Pluies diluviennes, crachins bretons, draches nordiques, ou bruines anglaises, nous subissons tout un éventail de précipitations. A tel point que nous restons une journée autour d’un poêle, pour éviter d’être trempés jusqu’à la moelle.
Heureusement, plus au sud, l’eau nous apparaît sous des formes plus agréables. Nous longeons des fleuves aux couleurs turquoises, propices aux bivouacs. Nous buvons à même les rivières, car l’eau est ici potable, avec un goût sucré parait-il.
Les lacs, sans une once de pollution, abritent des poissons à foison. Pourtant, nous n’en verrons pas l’ombre d’une écaille : le produit de la pêche ne reste pas en Patagonie, mais est exporté. Il ne reste dans les magasins locaux que du saumon surgelé ou du thon en boîte, qui agrémentent nos salades.

Immersion au coeur d’une nature brute
La flore de ce printemps patagon se pare de mille couleurs, pour notre plus grand plaisir. Qui n’est pas daltonien se régale de contrastes marqués, grâce aux sommets enneigés et forêts verdoyantes, entrecoupées de plaines tapissées de fleurs rouges, jaunes ou mauves.
Nous partageons la route avec la faune locale, lièvres, canards, sans oublier les vaches et moutons d’élevage qui s’échappent de leur enclos.
Les oiseaux nous accompagnent. Les plus grands d’entre eux, les condors, nous font grâce de leur présence quotidienne. Nous qui n’osions espérer en apercevoir, nous sommes maintenant habitués… Plus rare, nous nous retrouvons face à un huemul, cervidé andin en voie de disparition. Il semble aussi curieux que nous.

Une terre isolée
Le charme des paysages est accentué par la difficulté d’accès. On aperçoit au loin des vallées entièrement inaccessibles, complètement vierges de toute marque humaine. Claire et David rêveraient de chausser leurs skis de randonnée, mais les marches d’approche dureraient plusieurs jours ! Cela rend ces lieux d’autant plus attirants et mystérieux.
La carretera est une terre protégée de l’afflux massif de touristes et n’en subit pas les conséquences en terme d’infrastructure. Les routes sont en terre, très peu d’hôtels y sont implantés. La majorité des vacanciers voyage comme nous à vélo, fait du camping sauvage, et ne laisse pas de trace de son passage.
Cet isolement nous fascine, mais comporte cependant quelques contreparties.
L’accès à l’information est limité. Nous découvrons avec 2 jours de retard les attentats de Paris par la bouche d’un cyclotouriste américain. Il nous faudra une journée supplémentaire pour consulter internet et être rassurés sur le sort de nos familles.
Les produits périssables arrivent difficilement au Sud, et nous sommes heureux de parfois trouver dans les magasins quelques fruits et légumes.

Un peuple attachant
Au début du siècle, les premiers habitants sont des européens à la recherche de leur « terre promise ». Aujourd’hui, grâce à la création de la route qui désenclave la région, de nombreux Chiliens émigrent.
Ici, l’homme est tributaire des éléments qu’il a appris à respecter. Il est fin écologiste, et protège activement son environnement. Ainsi, un projet de barrages hydro-électriques fait couler beaucoup d’encre et déchaine les foules.
Ce rapport aux éléments rend le Patagon patient. « Quien se da prisa pierde el tiempo » (qui se hâte perd son temps). Il en résulte une vie plaisible et lente, sans stress.
Nous rencontrons principalement des Patagons de 1e génération. Ils nous ouvrent facilement leur porte, sont curieux et enthousiastes de tout. Claire découvre le warmshower, une casa de ciclista, et les invitations qui se font au décours de la conversation. Ici encore, nous réalisons que l’Homme en Amérique du Sud a un grand sens de l’hospitalité.

Une nouvelle forme de voyage
Nous voyageons désormais à 3. Nous modifions notre routine, et Claire trouve rapidement sa place. Elle qui avait peur de ne pas suivre le rythme est surprise que son vélo, Vachette, prenne régulièrement la première place sur le bitume ou dans les côtes.
Nous allongeons nos pauses et cuisinons chaque repas au réchaud, maintenant partagé en portions égales. Claire mange autant que David, qui est déçu de ne plus avoir la part du roi (roi David).
Cette parenthèse est l’occasion de resserrer les liens, et de renforcer notre idée: « Claire, c’est notre pote ! »
Nous finissons la route tout en douceur. Il est maintenant temps de partir à l’assaut des grands parcs du sud du continent !

 

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Entendu sur RadioBici Argentina

Bonjour Tortuga, Laetitia et David. Vous vous apprêtez à quitter l’Argentine. J’aimerai revenir avec vous sur ces 3 semaines passées dans notre pays. Votre entrée a été, paraît-il, mouvementée ?
T : Oui, c’est sûr. Théolou, le tandem qui nous accompagnait avec Alexine et Bastien à son bord, a fait une chute ! Il était en mille morceaux au bord de la route, juste avant la frontière argentine. J’ai dû filer au poste de douane pour trouver de l’aide.
L : Les douaniers ont tout de suite appelé l’hôpital le plus proche, à 2h de route. L’ambulance qui est finalement arrivée m’a semblée dérisoire au vu de l’état dans lequel se trouvaient nos amis.
D : Entre temps, un couple d’Uruguayens bloqué à la frontière nous a aidé à les secourir. Heureusement qu’ils étaient là, vu que les douaniers ne sont pas véhiculés ! En plus, il m’ont redescendu avec Tortuga et Théolou jusqu’à l’hôpital de San Antonio.
L : Réalisez, 10 heures pour enfin passer un scanner cérébral. Quelle perte de chance en cas de risque vital, c’est ici que l’on réalise que les infrastructures d’urgence en France sont une merveille. Si Béné avait été là, cela se serait passé autrement.

Après cet accident, vous êtes restés une petite semaine à Salta. Pourquoi une étape si longue ?
L : Je pense qu’on en avait tout les 3 suffisamment bavé sur la piste. Un peu de repos s’imposait. La chambre d’hôtel que nous avons trouvé était inoubliable, un univers à part. L’endroit parfait pour bouquiner toute la journée pendant que David me préparait des gâteaux. En plus, il faisait beau et chaud, nous passions toutes nos journées en T-shirt.
D : Quel plaisir de retrouver une grande ville et un marché bien fourni. On a pû recommencer à cuisiner, à engloutir des côtes de boeuf gargantuesques et à déguster du bon vin. Avec les copains tandémistes sortis de l’hôpital, nous avons improvisé un barbeuk. Les argentins se sont foutus de nous, il parait qu’en France, on cuit notre viande trop fort… C’était quand même délicieux.
T : Ici, c’est vraiment le printemps, la nature embaume de mille parfums de fleurs. La ville est verte et agréable à silloner sans le poids des saccoches. J’ai pu me refaire une beauté dans une station de lavage. Au kärcher, plutôt efficace.

Parlons voyage à vélo maintenant. Qu’avez vous pensé du Nord de l’Argentine ?
D : Magnifique, nous sommes passés par la célèbre quebrada de las conchas, Cafayate et ses nombreux vignobles. Région très agréable, je la recommande à tous les cyclistes !
T : C’était sympa, mais mes compagnons m’ont fait un sale coup. Je n’allais pas assez vite à leur goût, alors ils ont fait du stop. Du vélo-stop, oui Monsieur ! Et figurez-vous que cela a marché, j’ai subi une centaine de km à l’arrière d’un pick-up.
L : Moi, ce que j’ai aimé, ce sont les perroquets ! Il y en a partout. Ce sont les pigeons locaux mais en plus bruyants et colorés.

Maintenant à la frontière avec le Chili, vous êtes en train de traverser pour la dernière fois la cordillère. Qu’avez-vous retenu des quelques jours d’ascension?
T : Je m’attendais à pire, la pente est très progressive du côté argentin. Par contre, nous avons essuyé une sacré tempête de neige au sommet. Cela n’arrive jamais en cette saison, normalement. Par chance, des Argentins ont eu pitié de nous et nous ont hébergé chez eux. Qu’ils sont chaleureux par ici !
D : Mais ce sont parfois des boulets. On a croisé un groupe de 10 cyclistes, avec des vélos de route de compétition. Pas un seul n’avait de pompe ou de rustines ! Heureusement qu’on était là pour sauver leur copain avec une roue crevée.
L : On a enfin vu nos premiers condors. A quelques dizaines de mètres au dessus de nos têtes, ils étaient vraiment majestueux.

Merci pour ces réponses, je les publie dès que possible sur votre blog.Je vous laisse repartir jusqu’à Santiago de Chile, pour accueillir votre amie Claire. Le voyage se poursuivra avec elle si j’ai bien compris.

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En route vers le printemps

Après le Sud Lipez, nous fonçons sur San Pedro de Atacama, au nord du Chili, pour nous reposer après nos journées difficiles dans le sud Lipez.
Avec ces nombreux arbres verts, ce petit village de 5000 habitants est une oasis au milieu du désert. Seulement, c’est aussi une des destinations les plus touristiques du Chili !

Nous trouvons péniblement un bout de sable pour planter notre tente dans un camping, que nous payons quand même 13€ (lorsque l’on sort de Bolivie, ça fait un choc !). De plus, l’accueil laisse à désirer : les cyclos sont connus pour ne pas réserver de tours opérateurs car ils sont autonomes dans leurs déplacements, ils ne représentent donc pas une manne financière… Aucun intérêt !

Ni une, ni deux, nous faisons nos provisions pour la route et fuyons en direction de l’Argentine. Pour bien faire les choses, nous passons par le Paso Sico, route magnifique aux sommets enneigés, vallées colorées et lagunes miroitantes. En contrepartie, nous roulons sur de la piste de terre, battue par le vent, perdue au milieu de rien, à 4000 m d’altitude.

Nous partons confiants. Après le Sud Lipez, plus rien ne nous fait peur. Alors si Laetitia est malade le matin du départ, ce n’est pas grâve, elle se remettra sur la route.

Mais trop, c’est trop…

De nouveau, nous sommes à la merci des éléments : le vent, qui ne souffle jamais dans le bon sens, est glacial. La neige nous surprend rapidement un matin, au coeur d’une tempête. Cela nous fouette tout le corps. Nos tapis de sol sont HS et les nuits en tente ne nous apportent guère de repos. L’eau est toujours aussi rare.

La piste continue de nous ralentir et de nous faire subir ses cahos. La fatigue s’accumule et les paysages ne suffisent plus à nous remonter le moral. Pour couronner le tout, notre appareil photo nous lâche.

Laetitia, qui déteste le froid et qui est fragilisée par sa maladie, est la première touchée. La mauvaise humeur s’installe, et David devient lui aussi maussade. Finalement, grâce à une sieste et une bonne nuit de repos dans un dortoir de mineurs, l’ambiance retourne au beau fixe.

Enfin, avec nos amis de Tand’un Rêve, nous atteignons le col du Paso Sico sous la tempête. Mais alors que nous descendons joyeusement vers l’Argentine, une rafale les arrache de la route (leur récit de l’évènement ici)).Nous sommes à 30 km de toute présence humaine, c’est donc à nous d’aller chercher les secours. Alors que nos amis sont emmenés à l’hopital avec Laetitia, David et Tortuga s’occupent de redescendre le matériel dans la jeep d’un couple d’urugayens.

Après une nuit d’inquiétude, nous arrivons à Salta en Argentine. Nos amis sont sortis de l’hopital, nous sommes rassurés.

Enfin, à nous le vin, le fromage, les barbecues ! Et le printemps et ses fleurs !!

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Sud Lipez, entre lagunes et tempêtes de sable

« On vous paie combien pour faire ce voyage ? » – petite mamie de Huachacalla, qui n’a pas sa langue dans la poche.
« Pourquoi est ce que vous vous infligez un tel supplice ? » – bolivienne croisée dans le sud Lipez.
« Jamais je n’oserais faire ça en vélo » – guide touristique, rencontré à Uyuni.

La région du sud Lipez, parfaitement désertique, hostile et inhospitalière, est réputée pour être aussi belle qu’elle est difficile à parcourir en vélo. Or, il y a 10 ans, Laetitia s’était sentie dans le plus bel endroit du monde… A l’époque, elle n’avait pas imaginé revenir sur ses pistes défoncées en vélo !

L’étape est bien préparée. Comme la majorité des cyclotouristes, nous la voyons comme un temps fort de notre voyage, et savons qu’elle est aussi un énorme challenge.
Même Laetitia s’implique dans l’organisation : nous lisons de nombreux blogs, nous récupérons des informations sur les kilométrages, l’état des pistes, les points d’eau et de bivouacs. Nous faisons aussi un détour par Uyuni, la grande ville touristique, pour nous requinquer avant de tenter l’aventure.

Malgré tout, rien ne pouvait nous préparer à ce pays extrême, saturé de contrastes.
Le vent, censé se lever en début d’après midi, est constant à cette époque de l’année. Dès le matin, il nous malmène. Il soulève la poussière, nous fouette le visage, nous ralentit et nous jette dans le sable. Le matin, reposés, nous lui tenons tête, mais en fin d’après midi, c’en est trop. David en a les larmes aux yeux et désespère de boucler l’étape.
Le froid nous glace les os. La température ressentie atteint les -20°C, et la neige nous rend visite une journée. Nous roulons avec toutes nos couches, en doudoune et GoreTex.
La chaleur se trouve ailleurs. Les Boliviens sont rudes, mais nos difficultés face aux éléments font écho en eux. Et quand la glace est brisée, ils nous accueillent à bras ouverts. Leur générosité nous a touchés plus d’une fois.
L’eau aussi peut nous réchauffer. En fin de journée, nous admirons un coucher de soleil sur une lagune, en maillot de bain, immergés jusqu’au cou dans une source d’eau chaude.
Les lagunes, quant à elles, rivalisent d’originalité. Chacune a sa propre couleur, du bleu turquoise au rouge, en passant par le vert émeraude ou le blanc. Et pour rajouter plus de fantaisie, les flamants roses nous régalent de leur présence en grand nombre. Nous sommes émerveillés.

Si nous sommes heureux de découvrir ces paysages avec Tortuga, nous nous sentons complètement inadaptés: le souffle court, à plus de 4000 mètres d’altitude, et chargés comme des mulets. Nous sommes alourdis par des litres d’eau potable et 10 jours de nourriture, lyophilisée et très vite insipide.
Ces conditions nous empêchent de profiter pleinement de la beauté exceptionnelle de la région, et nous roulons rapidement pour écourter le circuit.

Enfin, le Sud Lipez est fini. Cela restera un moment à part dans ce voyage, avec un Avant et un Après. De très bons souvenirs, et surtout une très grande fierté de ce que nous avons fait ensemble. Nous nous sentons maintenant capables d’affronter toutes les routes de la terre !

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L’équipée des équipiers

Nous quittons la Paz avec un autre couple de français en tandem, Alexine et Bastien. Ensemble, nous nous aventurons sur des pistes isolées, dans une région désertique du nord du Chili, peu fréquentée par les touristes.

Rouler en équipe change légèrement notre manière de voyager.
Laetitia est un peu rassurée. Elle se sent plus en sécurité vis-à-vis d’un problème mécanique, et il est plus difficile de se perdre lorsque l’on est plusieurs à lire une carte?! (entendre cela fait grincer les dents de David…)
David, quant à lui, est heureux de faire plus de bivouacs. A deux tentes, Laetitia est moins exigeante sur l’emplacement.

Notre rythme est modifié. On part plus tard le matin, on allonge nos pauses de midi, on discute tard le soir au bivouac. Moins de temps pour pédaler, mais ce rythme est confortable.

Nous passons pour la première fois une frontière Chilienne, là où les douaniers sont réputés pour fouiller systématiquement les vélos. Légumes, viandes et produits laitiers ne peuvent traverser.
Nous nous préparons bien (l’ail est caché dans une poche). Mais surprise, la frontière est commerciale et non touristique, plus de 50 camions attendent de passer. Forcément, notre petite bici ne fait pas bien peur, et on nous laisse traverser sans contrôle.

Nous expérimentons nos premières pistes de sable, où Tortuga s’enlise. Nous avançons péniblement à pied. Les premiers km sont un calvaire !
Grâce à Bastien, mécanicien vélo, nous ajustons nos réglages. Nous installons un pneu plus large et nous dégonflons les roues. Enfin, nous nous faisons plaisir!

Nous subissons nos premiers grands froids, les nuits où on se réveille parce que le duvet n’est pas suffisant. Si David est moins affecté, il fait quand même tout pour que Laetitia dorme bien. Nous tentons de nous coucher avec les pieds dans les sacs, mais c’est très inconfortable. Nous nous recouvrons de nos doudounes, gore tex, et tissus en tout genre, mais cela ne tient pas bien toute la nuit. Nous essayons de jumeler les duvets, mais la déperdition de chaleur est plus grande.
Le plus efficace est encore de se coller l’un à l’autre, chacun dans son duvet…

A travers ces étendues hostiles, ce qui nous fait le plus défaut est l’hygiène. L’eau est si rare que nous ne nous lavons qu’au bout de trois jours, dans un fleuve où miroitent les produits chimiques. Les sources d’eau chaude sont aussi des occasions de se laver, même lorsqu’elles sentent le soufre. Laver nos habits devient un luxe. Finalement, nous préférons porter nos sous-vêtements une journée de plus en absence de douche.
A la fin de la piste, nous sommes si contents de trouver de l’eau courante dans la cour d’une église que nous nous douchons, nus, au milieu de la ville.

Pour les paysages, cette escapade est incroyable. Des sites perdus, magnifiques, qui valent le détour. A voir en photos!

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Lettres de l’Altiplano

Cher David,
Il faut que je te dise, je ne me sens pas à l’aise dans notre nouvel environnement.
Quand nous étions à Cusco, je me croyais à la maison, en Europe. Nous dormions à l’hôtel avec eau chaude et wifi, nous mangions dans des restaurants végétariens. Nous faisions un tourisme tranquille en visitant des sites incas. Ce mode de vie était connu et facile.

Maintenant, j’ai perdu mes points de repère.
Quand nous avons franchi les remparts qui délimitent la vallée fertile de Cusco, j’ai eu l’impression de pénétrer un nouveau monde.
Les belles routes de montagnes ont laissé la place à des axes vallonés, puis à de longues lignes droites. Les bandes d’arrêts d’urgence sur lesquelles nous roulons ont progressivement disparu, le goudron a laissé place à des pistes de terre, en tôle ondulée. Il fait froid, le vent est omniprésent, et ce sable et cette poussière m’asphyxient à chaque rafale.
Sur le bord de la route, nous croisons moins de villages, et les magasins d’alimentation se font rares. Nous ne voyons que des bêtes, principalement des lamas, qui broutent au milieu des détritus.
C’est le plus dur pour moi: cette saleté ambiante, on croierait que les circuits de recyclage n’existent pas. Cela pue les bêtes crevées, les tas d’ordures en putréfaction sur le bord de la route. J’ai le nez qui pique.
Les fleuves font peur à voir. On aperçoit des êtres humains qui se lavent au milieu des détritus. Je suis écoeurée de boire cette eau « purifiée » par nos pastilles, je me refuse de manger cette viande qui vit au milieu de cette décharge à ciel ouvert.
Et j’ai honte de moi, de ces pensées. J’aimerai être capable d’accepter ce que je vois, mais cette facette de notre planète me heurte trop.

Je ne rêve que de me laver les mains avec du savon, mais on ne trouve pas d’eau facilement. En cette saison sèche, c’est une denrée rare, que l’on garde pour boire.
J’aimerai utiliser des toilettes sur lesquels je pourrai m’asseoir. Ce trou béant qui s’enfonce dans le sol, sans eau, est déjà une merveille quand on découvre que dans les villages, les besoins se font dans la « pampa ».

Oui, David, je me sens démunie. Ce milieu m’est hostile, je suis issue du monde occidental. Je découvre péniblement que malgré mes beaux discours, je ne suis pas capable de m’adapter à tous les environnements. Et je comprend aujourd’hui ce que signifie vivre dans le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud. Je comprend les conditions difficiles dans lesquelles vivent certains Péruviens et Boliviens, et je comprend combien leur vie n’est pas enviable.

Ces moments sont un peu difficiles pour moi.
Je t’aime,
Laetitia

Chère Laetitia,
C’est vrai que ce monde nous est complètement étranger. C’est justement pourquoi il a tant à nous apprendre. Et je sais que tu es capable de passer au delà de ce dégoût que tu ressens, pour saisir la beauté de ces lieux.

Sur cette route, nous avons continué à découvrir des sites Incas. Souviens toi, tu as été fascinée par leur philosophie, où un même mot peut se traduire par « présent » et « futur », et où la mort est une forme de vie. Grâce à Cesar et Isaac, nous avons senti la difficulté de vivre ici en homme moderne tout en respectant son héritage inca.
Ce choc culturel a engendré de longues heures d’introspection sur le vélo et des discussions entre nous passionantes. Quels beaux échanges nous avons eu!

Oui, l’Altiplano est une région austère. Pour autant, elle recèle mille et une merveilles.
Elle nous régale de sources d’eau chaude, que nous apprécions d’autant plus qu’il fait un froid glacial. Ses ciels sont fascinants, d’un bleu changeant, avec des nuages surnaturels.
Les oiseaux nous émerveillent, avec leur palette infinie de couleurs, du noir des ibis au rose des flamands roses. Et ces lamas à tête ridicule nous font toujours sourire, voir éclater de rire quand ils ruminent devant nous en se plantant au milieu de la route.
Je garde un souvenir ému de ces journées autour du lac Titicaca. Nous avons profité de ces lieux en toute tranquillité. J’ai adoré partir à la chasse aux oiseaux, armé de mon apareil photo et de son zoom misérable.
Partout, les montagnes nous entourent. Parfois blanches de neige, voir jaunes ou rouges, mais toujours majestueuses. Quels spectacles quotidiens!

Même si certains ne répondent pas à nos saluts, nous avons rencontré des gens chaleureux : ce policier qui nous a invités à visiter la ville de Lampa, ces gardes frontière boliviens qui collectionnent les photos de cyclotouristes, ou encore cet Aymara qui voulait nous faire découvrir une pierre sacrée protégeant une mine d’or. C’est vrai que tout le monde ici nous surnomme « gringo » (américain), mais nous ne devons pas en être blessés. Dans ces contrées où la population est très peu éduquée, il est plus facile d’utiliser un nom générique. Et à nous d’expliquer que la France n’est pas l’Amérique, que nous parlons français et pas anglais, et de leur montrer sur une carte où se situent la France et l’Europe!

Bref, nous changeons bien de monde, mais le voyage continue, et reste toujours aussi riche.
Ouvrons bien les yeux, dépassons nos limites, et restons réceptifs aux merveilles de cette bonne vieille terre!
Je t’aime,
David

Chers compagnons,
C’est bien beau, ces confidences épistolaires, mais vous pouvez vous parler aussi. Vous êtes à moins d’un mètre l’un de l’autre !
Moi aussi je vous aime,
Tortuga

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